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En début de semaine, les actions des plus grandes banques américaines ont plongé après que le président Trump a relancé une promesse de campagne : plafonner les taux d'intérêt des cartes de crédit à 10 % pendant un an.
Pour les traders débutants qui suivent les actions financières, c'est un super exemple de comment les annonces politiques peuvent secouer les marchés, même celles qui ne se concrétiseront peut-être jamais.
Les bases : ce que Trump a proposé
Vendredi soir, le 10 janvier, le président Trump a posté sur Truth Social :
« À compter du 20 janvier 2026, en tant que président des États-Unis, je demande un plafonnement à 10 % des taux d'intérêt des cartes de crédit pendant un an. »
La date est importante, car c'est le premier anniversaire de sa deuxième investiture. Trump a remis ça dimanche, en disant aux journalistes que les sociétés de cartes de crédit avaient « vraiment abusé » des consommateurs et que les banques seraient « en infraction avec la loi » si elles ne se conformaient pas à cette mesure avant le 20 janvier.
Le problème, c'est que Trump n'a pas ditcommentça marcherait.
Actuellement, le taux d'intérêt moyen des cartes de crédit aux États-Unis est d'environ22,30 %, selon les données de la Réserve fédérale. Pour les cartes dont le solde n'est pas remboursé chaque mois, les taux peuvent grimper jusqu'à 27-30 %.
Pour quelqu'un qui a un solde moyen de 7 000 dollars, les taux actuels signifient payer des milliers de dollars d'intérêts en quelques années seulement. Un plafond de 10 % pourrait théoriquement faire économiser aux consommateurs environ 100 milliards de dollars par an.
Alors, pourquoi les actions bancaires ont-elles chuté au lieu de remonter après cette nouvelle « favorable aux consommateurs » ?
Pourquoi c'est important : la réaction du marché
Les banques gagnent énormément d'argent grâce aux cartes de crédit. Selon une étude de la Réserve fédérale, les revenus d'intérêts représentent environ 80 % de la rentabilité des cartes de crédit.
Ce plafonnement des taux d'intérêt pourrait donc réduire les bénéfices des grandes banques de 5 à 18 %. Pour les prêteurs qui ne proposent que des cartes, comme Capital One, ce serait catastrophique. Les opérations liées aux cartes de crédit ont généré environ 25 milliards de dollars de revenus supplémentaires pour les principaux émetteurs en 2023, rien qu'avec les hausses de taux de la dernière décennie.
Les marchés financiers ont tout de suite réagi. Voici ce qui s'est passé lundi :
Les banques ont été durement touchées :
- Capital One : -6,8 %
- Synchrony Financial : -8 %
- Citigroup : -3,7 %
- JPMorgan Chase : -2,5 %
- American Express : -4,3 %
L'indice bancaire S&P 500 a baissé de 1,4 %, sa plus forte baisse depuis des mois.
Même les compagnies aériennes ont été touchées :
- Delta Air Lines : -2,4 %
- United Airlines : -1,7 %
Pourquoi les compagnies aériennes ? Delta gagne environ 2 milliards de dollars par trimestre grâce à ses partenariats avec American Express sur les cartes de crédit co-marquées. Si les banques suppriment ces programmes, les entreprises qui ont des liens forts avec les programmes de fidélité des cartes de crédit pourraient voir leurs bénéfices baisser.
Trump peut-il vraiment faire ça ?
Voici le hic : Trump ne peut pas imposer ça tout seul.
Selon la loi actuelle, le président n'a pas le pouvoir de plafonner les taux d'intérêt par décret. La loi sur la protection financière des consommateurs interdit clairement au CFPB de fixer des limites de taux. Trump aurait besoin que le Congrès adopte une loi.
Les sénateurs Bernie Sanders et Josh Hawley ont présenté un projet de loi visant à plafonner les taux à 10 % en février 2025, et Trump a dit qu'il soutenait cette loi.
Mais adopter quoi que ce soit avant le 20 janvier ? En 6 jours ? C'est super peu probable vu comment le Congrès fonctionne.
La réaction du secteur
Wall Street ne reste pas les bras croisés. Les associations professionnelles bancaires, dont l'American Bankers Association et le Bank Policy Institute, ont riposté avec une déclaration commune qualifiant le plafonnement à 10 % de « dévastateur pour des millions de familles américaines et de petites entreprises ».
Jeremy Barnum, directeur financier de JPMorgan, a fait écho à cette préoccupation lors de la conférence téléphonique sur les résultats de la banque, avertissant que cette politique risquait de se retourner contre ses auteurs. Selon lui, au lieu de réduire les coûts d'emprunt, elle réduirait l'offre de crédit, les banques se détournant des emprunteurs plus risqués.
C'est l'argument principal du secteur. Si les prêteurs ne peuvent pas fixer le prix du risque, ils cessent tout simplement de prêter aux clients à haut risque.
Une étude de l'Electronic Payments Coalition a montré qu'un plafond de 10 % pourrait forcer les banques à fermer les comptes de près de 90 % des titulaires de cartes, soit environ 175 millions d'Américains. Les emprunteurs à faible solvabilité seraient les plus touchés, risquant d'être poussés vers les prêteurs sur salaire et d'autres alternatives coûteuses.
Il existe un précédent à ce résultat. L'Arkansas plafonne les taux d'intérêt à 17 %, et des études montrent que cette politique a effectivement privé les résidents à faibles revenus de l'accès au crédit traditionnel.
Les banques soulignent aussi qu'il existe déjà des plafonds sous des formes plus ciblées. La loi sur les prêts aux militaires limite les taux à 36 % pour les militaires en service actif, et de nombreuses coopératives de crédit plafonnent les taux à 18 %. Le secteur estime que l'extension de ces modèles est plus judicieuse qu'une limite générale de 10 %.
Prochaines étapes : résultats possibles
- Concessions volontaires : les banques pourraient proposer des cartes avec un plafond de 10 % pour les meilleurs emprunteurs ou des taux promotionnels pour éviter la législation.
- Compromis législatif : le Congrès pourrait adopter à la place un plafond de 25 à 36 %, ce qui reste une réduction, mais qui est réalisable. Cette mesure bénéficie du soutien des deux partis.
- Rien ne se passe : si le Congrès ne fait rien avant le 20 janvier, la « date limite » fixée par Trump passera et tout ça disparaîtra.
- Mise en œuvre complète (peu probable) : si la loi est adoptée, attendez-vous à des perturbations massives, à un resserrement du crédit et à la suppression des programmes de fidélité.
Les marchés anticipent actuellement les scénarios 2 ou 3, d'où la vague de ventes, mais pas de panique totale.
Leçons clés pour les traders
L'incertitude politique crée de la volatilité. Le message publié vendredi par Trump a fait perdre des milliards aux banques lundi, tout ça à cause d'une annonce sur les réseaux sociaux sans plan de mise en œuvre.
Suivez l'argent, pas les gros titres. Le plafond semble favorable aux consommateurs, mais les traders ont compris qu'il détruirait une source de profits importante. Comprendre les modèles économiques aide à anticiper les réactions.
Les corrélations sectorielles sont importantes. Les compagnies aériennes ne prêtent pas d'argent, mais leurs actions ont chuté parce que leurs partenariats avec les cartes de crédit en souffriraient. Pensez toujours aux effets de second ordre.
Diversification = résilience. Capital One (principalement des cartes de crédit) a perdu 6,8 %, tandis que JPMorgan (diversifié) a perdu 2,5 %.
Le risque politique est réel. Les banques pensaient avoir une administration favorable. Cela a montré que le vent politique peut tourner rapidement, surtout pendant les années électorales.
Conclusion
La proposition de Trump de plafonner les taux des cartes de crédit a immédiatement semé le chaos sur les marchés, malgré des perspectives de mise en œuvre incertaines. Les actions bancaires ont été vendues massivement, et même les compagnies aériennes ont ressenti les répercussions.
Pour les traders, ça montre que les mots comptent, surtout quand ils viennent des présidents. Même sans autorité légale, l'annonce de Trump a entraîné des milliards de pertes et a forcé le secteur à se démener.
À surveiller : la date limite du 20 janvier approche à grands pas. Si rien ne se passe, on peut s'attendre à un rebond des actions bancaires. Si les banques annoncent des concessions ou si le Congrès fait avancer la législation, la volatilité va continuer.
Cet épisode montre à quel point les propositions politiques peuvent rapidement changer le sentiment du marché lorsqu'elles menacent les profits de tout un secteur. En tant que trader, pour réussir, il faut pas seulement comprendre ce qui est annoncé, mais aussi ce qui est légalement et politiquement faisable, et se positionner en conséquence.