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Le dilemme de Triffin, aussi appelé paradoxe de Triffin, c'est un problème qui se pose quand la monnaie d'un pays est la principale monnaie de réserve mondiale.

Nommé d'après l'économiste belgo-américain Robert Triffin, il met en évidence un conflit fondamental pour les pays dont les monnaies servent de monnaies de réserve mondiales.

Ce dilemme vient de la tension entre les politiques économiques nationales à court terme et les objectifs internationaux à long terme.

C'est quoi le dilemme de Triffin ?

Le dilemme de Triffin, c'est un problème qui se pose quand la monnaie d'un pays est la principale monnaie de réservemondiale, ce qui veut dire qued'autres pays la gardent et l'utilisent pour le commerce et l'épargne.

Le dilemme vient du fait que le pays qui émet la monnaie de réserve doit en fournir suffisamment pour répondre à la demande mondiale, ce qui implique souvent d'avoir un déficit commercial (importer plus que ce qu'on exporte). Mais avec le temps, ces déficits peuvent faire baisser la confiance dans la monnaie, ce qui peut mener à une instabilité financière.

Imagine une cour de récréation où tout le monde veut échanger ses jouets. Pour faciliter les échanges, tout le monde se met d'accord pour utiliser des billes comme monnaie commune. Mais un seul enfant possède toutes les billes.

Cet enfant doit distribuer suffisamment de billes pour que tout le monde puisse échanger, mais s'il en distribue trop, les billes perdent de leur valeur et personne ne veut plus les utiliser. Voilà en quelques mots le dilemme de Triffin !

Dans le monde réel, les « billes » sont la monnaie d'un pays, comme le dollar américain.

Quand une monnaie devient la principale monnaie de réserve mondiale, c'est-à-dire la monnaie la plus largement acceptée et détenue par les banques centrales et autres institutions, les autres pays en détiennent de grandes quantités pour faciliter le commerce et les investissements internationaux. Ça crée une demande constante pour cette monnaie, car les pays en ont besoin pour participer à l'économie mondiale.

La plupart des pays règlent leurs échanges commerciaux en dollars, car ils peuvent tous accepter et régler leurs dettes avec cette monnaie. Ils peuvent aussi utiliser le dollar pour maintenir le taux de change de leur propre monnaie.

Pour répondre à cette demande, le pays qui émet la monnaie de réserve doit avoir un déficit de sa balance courante, c'est-à-dire qu'il dépense plus d'argent à l'étranger qu'il n'en gagne. Cela permet d'assurer l'approvisionnement mondial en monnaie.

Cependant, des déficits persistants peuvent affaiblir l'économie du pays et saper la confiance dans sa monnaie, menaçant à terme son statut de monnaie de réserve.

Être l'émetteur de la monnaie de réserve mondiale s'accompagne de ce que le ministre français des Finances, Valéry Giscard d'Estaing, a appelé un «privilège exorbitant».

Il s'agit notamment d'avantages tels que des coûts d'emprunt plus faibles pour le gouvernement, l'absence de risque de change sur les engagements extérieurs, la réduction du coût des importations pour les consommateurs et la minimisation du risque de crise de la balance des paiements.

Mais ce privilège s'accompagne aussi de la responsabilité de gérer la monnaie de manière à ce qu'elle profite à l'économie mondiale, et pas seulement au pays émetteur.

Parmi les alternatives au commerce international qui permettent de répondre à cette tension, on peut citer le transfert direct de dollars via des lignes de swap, qui sont des accords entre banques centrales pour échanger des devises.

Ces mécanismes peuvent contribuer à fournir des liquidités à l'économie mondiale sans nécessairement obliger l'émetteur de la monnaie de réserve à enregistrer d'importants déficits commerciaux.

Pourquoi le dilemme de Triffin est-il important ?

Ce dilemme met en évidence un conflit fondamental :

  • Stabilité à court terme: le monde a besoin d'un approvisionnement régulier en monnaie de réserve pour assurer le bon fonctionnement des échanges commerciaux et des investissements.
  • Risque à long terme: le pays qui émet la monnaie (par exemple, les États-Unis) doit enregistrer des déficits commerciaux, ce qui peut affaiblir son économie et créer une instabilité financière.

Pour les États-Unis, ça veut dire qu'ils doivent constamment trouver un équilibre entre fournir suffisamment de dollars au monde tout en évitant un endettement excessif ou l'inflation.

Contexte historique du dilemme de Triffin

Le dilemme de Triffin a été identifié pour la première fois dans les années 1960 par l'économiste belgo-américain Robert Triffin. Il a observé ce problème avec le dollar américain dans le cadre du système de Bretton Woods, mis en place après la Seconde Guerre mondiale.

Dans ce système :

  • Le dollar américain était lié à l'or, ce qui voulait dire que les pays pouvaient échanger leurs dollars contre de l'or à un taux fixe de 35 dollars l'once.
  • Les autres pays fixaient leur monnaie par rapport au dollar, faisant ainsi de la devise américaine la colonne vertébrale du commerce international.

Pour que le système fonctionne, il fallait qu'il y ait plus de dollars américains en circulation dans le monde. Mais pour avoir assez de dollars, les États-Unis devaient avoir un déficit commercial, c'est-à-dire acheterplus de biens à d'autres pays qu'ils n'en vendaient.

Ça a permis à plus de dollars de circuler dans le monde.

À mesure que l'économie mondiale se développait, la demande de dollars augmentait, mettant à rude épreuve les réserves d'or des États-Unis.

Le problème ? À mesure que les déficits américains augmentaient, d'autres pays ont commencé à douter de la capacité des États-Unis à garantir leurs dollars avec de l'or.

Pour soutenir le système de Bretton Woods et contrôler le taux de change de l'or, les États-Unis ont créé le London Gold Pool et les accords généraux d'emprunt (GAB) en 1961.

  • Le London Gold Pool était un groupe de banques centrales qui s'étaient engagées à acheter et à vendre de l'or afin de stabiliser son prix.
  • Le GAB était un accord entre plusieurs pays pour se prêter de l'argent à court terme en cas de problèmes de balance des paiements.

Ces mesures ont permis de maintenir le système pendant un certain temps, mais elles se sont finalement révélées insuffisantes.

Triffin avait prédit que ce système finirait par s'effondrer, et il avait raison. En 1971, le président Nixon a retiré le dollar américain de l'étalon-or, mettant ainsi fin au système de Bretton Woods.

Cette décision, connue sous le nom de « choc Nixon », était une réponse à la pression croissante sur les réserves d'or américaines et à l'instabilité grandissante du régime de taux de change fixe.

Exemples du dilemme de Triffin

Le dilemme de Triffin n'est pas juste un truc du passé ; il est toujours d'actualité dans l'économie mondiale moderne. Voici quelques exemples de comment ce dilemme se manifeste dans différents contextes :

Le système de Bretton Woods et le dollar américain

Comme on l'a dit plus haut, le système de Bretton Woods a fini par être victime du dilemme de Triffin. Les États-Unis devaient avoir un déficit pour fournir des dollars au monde, mais ça a fait baisser la confiance dans le dollar et a fini par les forcer à abandonner l'étalon-or.

Cet exemple montre bien la tension inhérente entre les objectifs économiques nationaux et internationaux lorsqu'une seule monnaie domine le système monétaire mondial.

Les politiques populistes de Trump

Certains économistes pensent que les politiques « America First » de Donald Trump, qui visent à réduire le déficit commercial américain, pourraient aggraver le dilemme de Triffin.

En se concentrant sur les objectifs économiques nationaux et en risquant de perturber les flux commerciaux mondiaux, ces politiques risquent de saper le rôle mondial du dollar et de déstabiliser le système monétaire international.

Cet exemple met en évidence les défis auxquels sont confrontés les décideurs politiques pour trouver un équilibre entre les priorités nationales et la nécessité de maintenir la stabilité de la monnaie de réserve mondiale.

La vulnérabilité de l'Inde

Bien qu'elle ne soit pas la monnaie de réserve dominante, l'Inde est confrontée à une version du dilemme de Triffin. Sa dépendance à l'égard du commerce libellé en dollars la rend vulnérable aux fluctuations de la valeur du dollar et à la politique monétaire américaine.

Pour rester stable, l'Inde doit détenir d'importantes réserves en dollars, ce qui peut être coûteux et créer ses propres défis, comme des pertes potentielles liées aux fluctuations monétaires et la nécessité de gérer d'importantes réserves de devises étrangères.

Cet exemple montre que même les pays qui n'émettent pas la monnaie de réserve dominante peuvent être touchés par le dilemme de Triffin.

Les économistes qui ont étudié le dilemme de Triffin

Plusieurs économistes ont contribué à notre compréhension du dilemme de Triffin et de ses implications pour l'économie mondiale :

  • Robert Triffin : économiste belgo-américain qui a identifié le dilemme pour la première fois dans les années 1960. Il a mis en garde contre l'instabilité inhérente au système de Bretton Woods et prédit son effondrement final. Les travaux de Triffin ont jeté les bases d'une grande partie des recherches ultérieures sur les défis liés à la gestion d'une monnaie de réserve mondiale.
  • John Maynard Keynes : Économiste britannique renommé qui a anticipé les difficultés liées à l'utilisation d'une monnaie nationale unique comme monnaie de réserve mondiale. Il a proposé un système alternatif utilisant une monnaie de réserve mondiale appelée « bancor » lors des négociations de Bretton Woods. Bien qu'elle n'ait pas été adoptée à l'époque, l'idée de Keynes continue d'inspirer les discussions sur d'autres arrangements monétaires internationaux.
  • Zhou Xiaochuan : Ancien gouverneur de la Banque populaire de Chine, il a souligné le dilemme de Triffin comme facteur ayant contribué à la crise financière de 2007-2008. Il a préconisé l'abandon du dollar américain comme monnaie de réserve au profit des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI, un type d'actif de réserve international créé par le FMI. La proposition de Zhou reflète les préoccupations croissantes concernant les risques liés à la domination du dollar et le désir d'un système monétaire international plus diversifié.

Pertinence par rapport à l'actualité

Le dilemme de Triffin souligne les défis inhérents au maintien d'une monnaie nationale comme réserve mondiale.

Pour répondre à la demande internationale, le pays émetteur doit fournir sa monnaie au monde entier, souvent par le biais de déficits commerciaux.

Au fil du temps, ces déficits peuvent saper la confiance dans la valeur de la monnaie, ce qui peut entraîner une instabilité économique tant au niveau national qu'international.

Le dilemme de Triffin reste d'actualité, car le dollar américain continue d'être la principale monnaie de réserve mondiale. Les États-Unis sont confrontés à un défi permanent : trouver un équilibre entre leurs besoins économiques nationaux et la demande mondiale de dollars.

Cet équilibre est devenu encore plus compliqué ces dernières années à cause de plusieurs facteurs :

  • Déséquilibres mondiaux : les États-Unis affichent depuis des décennies des déficits courants persistants, reflétant leur rôle de fournisseur de la monnaie de réserve mondiale. Ces déficits ont contribué à l'accumulation d'importantes réserves en dollars dans d'autres pays, en particulier dans les marchés émergents. Ce déséquilibre peut créer des distorsions dans le système financier mondial et accroître la vulnérabilité de l'économie américaine aux chocs extérieurs.
  • Augmentation de la dette : les États-Unis ont accumulé une dette importante pour financer leurs déficits. Cette dette est de plus en plus détenue par des investisseurs étrangers, ce qui rend l'économie américaine plus sensible aux changements de sentiment des investisseurs mondiaux. Si les investisseurs étrangers perdent confiance dans le dollar ou dans l'économie américaine, ils pourraient réduire leurs avoirs en actifs américains, ce qui pourrait entraîner une hausse des taux d'intérêt.
  • Excédent mondial de l'épargne : le rôle du dollar comme monnaie de réserve aggrave le déficit courant des États-Unis en raison de la demande accrue de dollars. Ce phénomène est lié à l'hypothèse de l'excédent mondial de l'épargne, qui suggère que l'épargne excédentaire de certains pays, en particulier en Asie, a contribué aux déséquilibres mondiaux et a accru la demande d'actifs sûrs tels que les bons du Trésor américain.

L'essor d'autres économies, comme la Chine, et l'utilisation croissante de monnaies et d'actifs alternatifs soulèvent des questions quant à la viabilité à long terme de la domination du dollar.

Le monde pourrait finir par évoluer vers un système multipolaire avec plusieurs grandes monnaies de réserve ou une nouvelle monnaie de réserve mondiale.

Ce changement pourrait avoir des conséquences importantes pour l'économie mondiale, entraînant potentiellement une volatilité accrue des taux de change et des marchés financiers.

Si le dollar perdait sa position dominante, les conséquences pour l'économie américaine pourraient être importantes. Les coûts d'emprunt pourraient augmenter à mesure que la demande d'actifs libellés en dollars diminuerait, ce qui rendrait plus coûteux le financement de la dette publique américaine.

Les États-Unis pourraient aussi être confrontés à une inflation plus élevée en raison de la dépréciation du dollar, qui rendrait les importations plus chères.

Critiques et contre-arguments

Si le dilemme de Triffin met en évidence un véritable défi pour les pays dont la monnaie est une monnaie de réserve, certains économistes affirment qu'il ne s'agit pas d'un problème insurmontable.

Ils soulignent plusieurs facteurs susceptibles d'atténuer les risques ou d'offrir des solutions alternatives :

  • Taux de change flexibles : le système actuel de taux de change flottants offre plus de flexibilité que le régime de taux de change fixes de Bretton Woods. Cela permet d'ajuster la valeur des monnaies en fonction des forces du marché, ce qui peut atténuer certaines des pressions liées au dilemme de Triffin. Cependant, les taux de change flexibles peuvent aussi être volatils, ce qui crée de l'incertitude pour les entreprises et les investisseurs. De plus, ils peuvent ne pas suffire à remédier aux déséquilibres fondamentaux de l'économie mondiale.
  • Innovation financière : le développement de nouveaux instruments et marchés financiers peut contribuer à atténuer certaines des contraintes liées à une monnaie de réserve unique. Par exemple, l'apparition des eurodollars (des dollars américains détenus dans des banques hors des États-Unis) et d'autres marchés offshore du dollar a fourni des sources alternatives de liquidités. Mais l'innovation financière peut aussi créer de nouveaux risques, comme on l'a vu lors de la crise financière de 2007-2008, qui a été en partie alimentée par des produits financiers complexes liés au marché immobilier américain.
  • Rééquilibrage mondial : Certains économistes pensent que le dilemme de Triffin peut être résolu par des efforts mondiaux coordonnés visant à rééquilibrer les flux commerciaux et financiers. Cela impliquerait que les pays qui ont des excédents importants de leur balance courante, comme la Chine et l'Allemagne, prennent des mesures pour stimuler la demande intérieure et réduire leur dépendance à l'égard des exportations. Mais il est difficile de parvenir à une telle coordination mondiale, car les pays donnent souvent la priorité à leurs propres intérêts économiques.

Solutions possibles

Outre les critiques et les contre-arguments mentionnés ci-dessus, des propositions de réformes plus fondamentales du système monétaire international ont été avancées pour résoudre le dilemme de Triffin :

Monnaie mondiale

John Maynard Keynes a proposé la création d'une monnaie mondiale appelée« bancor »lors des négociations de Bretton Woods.

Cette monnaie supranationale serait gérée par une banque centrale mondiale et pourrait potentiellement fournir une base plus stable et plus équitable pour le système monétaire international. Toutefois, un tel système se heurterait à d'importants défis politiques et logistiques, notamment des questions de souveraineté nationale et la conception de la banque centrale mondiale.

Plusieurs monnaies de réserve

Certains économistes préconisent un système à plusieurs monnaies de réserve, dans lequel le dollar partagerait sa position dominante avec d'autres monnaies comme l'euro, le yen ou le yuan.

Ça pourrait réduire la pression sur le dollar américain et apporter plus de stabilité au système financier mondial. Mais ça soulève aussi des questions sur la façon de gérer les interactions entre les différentes monnaies de réserve et d'éviter les dévaluations compétitives.

Gérer le dilemme de Triffin

Le dilemme de Triffin nous rappelle que l'économie mondiale est interconnectée et que les actions d'un pays peuvent avoir des conséquences importantes pour les autres.

Il met en évidence les défis inhérents auxquels sont confrontés les pays dont les monnaies servent de monnaies de réserve mondiales.

Si le système actuel a réussi à éviter une crise majeure depuis l'effondrement de Bretton Woods, le dilemme reste un élément important à prendre en compte pour comprendre la dynamique du système monétaire international.

L'avenir du dollar américain en tant que monnaie de réserve dominante est incertain. L'essor d'autres économies, l'utilisation croissante de monnaies alternatives et le débat en cours sur les déséquilibres financiers mondiaux suggèrent que le monde pourrait s'orienter vers un nouvel ordre monétaire.

Les décideurs politiques américains doivent garder à l'esprit le dilemme de Triffin lorsqu'ils prennent des décisions en matière de politique économique nationale et internationale.

Ce dilemme montre pourquoi le pays qui émet la principale monnaie mondiale doit gérer son économie avec prudence tout en fournissant suffisamment de liquidités pour le commerce mondial.

Que le dollar américain reste dominant ou qu'un nouveau système émerge, les défis identifiés par Robert Triffin continuent de façonner l'économie mondiale d'aujourd'hui.